05.06.2019Cinq projets qui vont révolutionner la mobilité des Valaisans

Comment se déplaceront les Valaisans à l’avenir ? «Le Nouvelliste» vous présente cinq projets qui vont révolutionner la mobilité.

Le Valais se classe régulièrement sur le podium au palmarès des habitants qui possèdent le plus de véhicules de tourisme. La géographie de notre canton ​peut expliquer en partie cette place pas forcément enviable à l’heure où la voiture est pointée du doigt pour des raisons écologiques. Une voiture qui pourrait bien désormais rester au garage ou même à la concession puisque d’énormes efforts sont réalisés pour changer les habitudes de mobilité. «Le Nouvelliste» vous présente cinq projets qui vont changer durablement les habitudes. En voiture Simone… pardon ! En bus, en train ou à vélo !

1. Genève à 50 minutes de Monthey grâce au RER Sud Léman

Qu’est-ce que cela va changer ?
Actuellement, en train, il faut au minimum 1 heure 30 pour se rendre de Monthey à Genève, mais la moitié des liaisons proposées sont plus proches des deux heures. Ce laps de temps pourrait dans le futur baisser jusqu’à 50 minutes grâce à la réhabilitation du tronçon de ligne ferroviaire aujourd’hui hors service entre la frontière suisse et Evian-les-Bains.

A la fin de cette année, le Léman express, le RER transfrontalier qui sera mis en service à mi-décembre 2019 sur l’ouest du bassin lémanique, reliera les portes d’Evian à l’agglomération genevoise. Il ne resterait ensuite que 17 kilomètres à aménager pour relier le Valais à ce vaste projet, afin de permettre la mobilité par le rail autour du Léman. Une association franco-suisse milite pour ce raccordement. «La ligne existe déjà mais elle doit être réhabilitée. Il y a plusieurs passages à niveau qui doivent être améliorés et la construction d’un pont est nécessaire sur une route départementale, pour remplacer un passage à niveau obsolète», détaille Benoît Grandcollot, le président de l’association RER Sud Léman. Le projet prévoit que la ligne passe par Saint-Gingolph puis qu’elle traverse Monthey avant de rejoindre la ligne du Simplon. Jacques Melly, chef du département qui gère la mobilité rappelle que si le succès est au rendez-vous six à douze mois après la mise en service du Léman-Express, alors la réhabilitation de ces 17 kilomètres de voies apparaîtra comme une évidence. «Cette vision change complètement la dynamique de la mobilité autour de l’Arc lémanique», appuie l’ingénieur cantonal Vincent Pellissier. 

Quels obstacles?
L’Etat français doit confirmer son soutien pour ce projet. Pascal Bovey, délégué cantonal à la mobilité rappelle que 200 millions de francs sont disponibles pour les projets transfrontaliers et la ligne Sud Léman est éligible à ce financement.

Quels coûts?
Environ 140 millions de francs. L’Etat du Valais ainsi que les autres cantons partenaires du Conseil du Léman insistent sur le fait que ce sont les instances françaises concernées qui devront s’engager, sur les montants et leur répartition.

Quels délais?
«Si tout le monde se met au travail en même temps, on estime que la ligne peut être réhabilitée en dix-huit mois. Il restera ensuite tous les détails logistiques.» Benoît Grandcollot table avec optimisme sur une inauguration entre 2023 et 2024.

2. Rejoindre la montagne en téléphérique plutôt que sur une route sinueuse

Qu’est-ce que cela va changer?
Aujourd’hui en Valais, vingt-deux transports câblés se substituent à la route et permettent de gagner la montagne. Ce total ne tient évidemment compte que des liaisons de transport public, pas des installations sur les pistes de ski. D’ici une dizaine d’années, ce chiffre pourrait passer à trente. Il y a actuellement plus d’une dizaine de projets de liaison plaine-montagne sur la table des services spécialisés du canton.

«Le câble présente plusieurs avantages. Il est plus rapide que la voiture et permet une cadence élevée sans augmenter les coûts. Il y a aussi un gain de sécurité dans les régions menacées par des avalanches et les installations font très peu de bruit», indique Gilles Délèze du Service cantonal de la mobilité. Ces installations permettent également de maintenir les habitants dans les régions de montagne en offrant un accès concurrentiel en temps et en argent. «Aujourd’hui, on trouve des petites installations très simples qui fonctionnent comme un ascenseur et coûtent moins de 4 millions de francs. Ca donne à réfléchir pour certains petits hameaux.»

Le câble ne résout cependant pas tous les problèmes. «Il ne permet pas une desserte fine et il faut évidemment un besoin de transport pour la population ainsi qu’un intérêt touristique.» Parmi les projets en cours, la liaison entre Sion et la piste de l’Ours est la plus aboutie. On trouve aussi des projets entre Bramois et Nax, Conthey et Haute-Nendaz, Riddes et La Tsoumaz, Fully et Chiboz, les Haudères et Arolla ainsi que Fiesch et Bellwald. Difficile de dire quels projets pourront s’illustrer. «Ils sont tous différents avec des avantages et des inconvénients», prévient Gilles Délèze.

Quels obstacles?
Il faut modifier les plans de zone des communes d’où part et où arrive l’installation, obtenir les autorisations de chaque parcelle survolée et régler les problèmes environnementaux dans le cas possible d’un défrichement de forêt.    

Quels coûts?
Tout dépend de l’installation. L’enveloppe totale peut dépasser les 20 millions ou être inférieure à 4 pour une petite remontée. A titre d’exemple, pour la liaison sédunoise, les coûts d’investissements sont estimés à 24 millions de francs. 

Quels délais?
Impossible à dire. «Au vu de la complexité, il faut souvent compter trois à quatre ans de procédure», indique le spécialiste du canton.

3. Au revoir les bouchons en se déplaçant en bus ou en RER au sein de l’Agglo Valais central 

Qu’est-ce que cela va changer?
Les habitants du Valais central bénéficieront dans cinq ans d’un vaste réseau de bus avec des cadences au quart d’heure en milieu urbain et à la demi-heure en périphérie (pour les heures de pointe). Le RER servira de colonne vertébrale à cette nouvelle répartition des transports publics qui afficheront une tarification uniforme. «L’idée est de conserver une complémentarité dans les moyens de transport mais la priorité va aller aux transports publics et à la mobilité douce», indique Léonard Evéquoz chef de projet de l’Agglo Valais central

Les bus vont donc devenir une partie du remède aux bouchons qui sévissent aux heures de pointe. «Nous voulons que les gens se rendent compte qu’il existe d’autres possibilités que la voiture et qu’elles sont souvent plus rentables en termes de temps et d’argent. Actuellement, une ligne comme celle de l’hôpital de Sion avec une cadence toutes les dix minutes remporte un large succès. Nous souhaitons que d’autres lignes suivent ce modèle», relève Léonard Evéquoz. 

Un gros travail reste à réaliser pour atteindre cet objectif avec la mise en place de mesures cadres pour fluidifier la circulation des bus: feux spéciaux, voies réservées aux bus, arrêts sur la chaussée, etc. «Il faudra aussi travailler des aspects de gouvernance et de tarification afin d’unifier le réseau et d’améliorer ainsi le service aux utilisateurs.» 

Quels obstacles?
Ils sont financiers mais également infrastructurels puisqu’il faut trouver des moyens techniques pour prioriser les bus et faire en sorte que tout le réseau soit synchronisé. 

Quels coûts?
Rien que l’exploitation des réseaux urbains de Sion et de Sierre dépassera les 10 millions de francs selon Léonard Evéquoz. Seul un faible pourcentage de ce montant sera couvert par la vente des titres de transport, le solde sera à la charge des collectivités. Des discussions sont en cours au niveau cantonal pour revoir la loi sur les transports publics et modifier la répartition des subventions. 

Quels délais?
Les lignes vont se mettre en place progressivement avec les premières nouveautés pour la fin de cette année. Le réseau devrait être entièrement implémenté en 2020. Les promoteurs du projet espèrent que tout soit fonctionnel en 2024 mais ils sont conscients que le travail est important.

4. Désormais, c’est la route qui va s’adapter aux villages et plus l’inverse

Qu’est-ce que cela va changer?

Aujourd’hui, de nombreux villages sont construits des deux côtés d’une route cantonale ce qui entraîne des nuisances et gêne le développement! Cette situation va bientôt appartenir au passé. Un vaste projet du canton ambitionne de modifier les cœurs d’une quarantaine de localités. «Des réflexions pluridisciplinaires permettent désormais le développement de projets de traversées de localités qui intègrent les problèmes de sécurité routière, de mobilité et de bruit routier tout en apportant une plus-value en matière de qualité de vie. La route est intégrée au lieu de traverser le bâti», explique Eric Duc, chef de la section infrastructures routières et trafic auprès du canton. Ces modifications permettent également de favoriser les lignes de bus et de mieux intégrer les itinéraires de mobilité douce. «Là où c’est possible, ces changements encouragent le transit par les routes de niveau supérieur : autoroute, route de liaisons et contournements de localités.»

Quels obstacles?
«Les coûts peuvent représenter un obstacle, mais grâce aux projets d’agglomérations et au travers des moyens budgétaires cantonaux qui seront donnés à la mise en œuvre de cette vision, tous les leviers financiers sont activés», détaille le spécialiste du canton. Les oppositions peuvent participer à freiner les travaux de réalisation et projeter ainsi un horizon d’attente.

Quels coûts?
L’enveloppe totale est impossible à chiffrer vu que ce projet n’en est qu’à ses prémices. Il semble cependant que le montant pourrait dépasser les 100 millions de francs pour l’ensemble du canton. «Un canton dont le rôle est primordial afin de venir en aide aux plus petites communes», relève Eric Duc. A Vétroz par exemple, il est question de 12 millions de francs.

Quels délais?
Chaque projet de traversée de localité suit son propre développement. Certains projets ne sont encore qu’au stade d’idées alors que d’autres comme Vionnaz sont terminés. «Aujourd’hui de nombreux projets sont à l’étude avec l’objectif d’une mise à l’enquête publique à court et moyen termes. A l’horizon 2040, une grande partie d’entre eux auront été réalisés par le canton et les communes, évidemment en fonction des moyens financiers disponibles», se réjouit Eric Duc.

5. Se déplacer facilement et écologiquement à vélo

Qu’est-ce que cela va changer?
Le vélo électrique est en train de révolutionner les habitudes. Grâce à l’assistance, il est possible de se déplacer facilement sans être un grand sportif et d’avaler du dénivelé donc de se rendre en plaine pour travailler et de remonter sur le coteau sans grands efforts ou de penduler entre une ville et d’autres villages de plaine. Les communes qui subventionnent l’achat d’un ebike ont toutes vu les demandes augmenter depuis l’année passée. A Savièse, l’enveloppe pour 2019 de 20 000 francs a fondu et le Conseil a remis 20 000 francs supplémentaires. «Il y a un élan fort. Le vélo électrique augmente la palette des possibilités que cela soit pour les déplacements, les loisirs, les personnes d’un certain âge, etc.», se réjouit Yves Degoumois, président de Pro Vélo Valais. Le canton suit cette tendance et il a récemment engagé un ingénieur en mobilité douce. «Cyclistes et piétons doivent devenir des piliers de la mobilité d’ici à 2040. C’est inscrit dans le concept de mobilité», indique Sébastien Métrailler, futur spécialiste du canton qui travaille actuellement chez Valrando. Si la volonté est là, les infrastructures sont encore à la peine notamment dans certaines villes. Pistes cyclables, bandes cyclables et stationnements doivent venir compléter l’offre. «A Monthey, il a suffi de quelques aménagements pour modifier les habitudes. Plus que des millions, le vélo a besoin de décisions, de coordination et d’une vraie base légale pour aller de l’avant», martèle Yves Degoumois.      

Quels obstacles?
«La Suisse est un petit pays très utilisé avec un territoire particulièrement sensible. La place à disposition est donc limitée et les démarches peuvent prendre du temps», met en garde Sébastien Métrailler. 

Quels coûts?
L’Etat va débloquer 40 millions sur les vingt prochaines années. Les communes participeront également. A noter que la mobilité douce est intégrée au projet d’Agglo ainsi qu’à la requalification des cœurs de village, donc des synergies financières sont possibles. 

Quels délais?
Le canton espère que la mobilité douce devienne un pilier des habitudes de déplacement pour 2040.


Source : Le Nouvelliste, David Vaquin, 05.06.2019
Illustration : Le Nouvelliste, Sabine Papilloud, 05.06.2019

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